LECTURE SEULE


Synopsis
Anton perçoit les pensées de n’importe qui autour de lui. Ce don est vécu comme une fatalité puisqu’il ne peut échapper au brouhaha de ceux qui l’entourent.
Alors qu’il change de ligne de métro pour rentrer chez lui, il entend une voix intérieure au-dessus des autres. Un homme désespéré, prêt à en finir. Anton va alors sauver la vie d’un inconnu.
Le personnage
Anton a les traits d’un anti-héros. Inapte, oiseau de nuit, il apparaît fatigué, en retrait. Ce jeune trentenaire cherche a se soustraire de son environnement du mieux qu’il peut, car chaque personne qui passe près de lui amène et emporte son monologue interne. Dans une foule, ça en devient étourdissant. Son antidote : la musique. Plus c’est fort, mieux c’est. (cf. bas de page)
Dans les 2 minutes du film, on observe un condensé de la vie d’un personnage avec ce don. La découverte de cette faculté, l’acclimatation, la lassitude, la détresse d’un monde bruyant et enfin la découverte sous un nouvel angle : le pouvoir d’aider.
Dans une rame de métro, Anton ère de pensée en pensée des gens qui l’entourent, avec une attitude assez curieuse. Sorti de la rame, sur le quai et dans les couloirs, il est envahi et oppressé par l’afflux des inconnus qui le frôle. Il essaye tour à tour d’aller plus vite que les autres et dépasser leur pensées, puis s’arrêter et attendre que ça passe. Il emprunte des couloirs à contre-sens pour s’extraire de la foule. Sur le quai d’une autre ligne, il finit par entendre les plaintes d’une personne en détresse. “Faut que ça s’arrête, faut que ça s’arrête, faut que ça s’arrête“. Là, Anton intervient.
Traitement
Dans ce très court métrage de 2 minutes – en temps réel – on suit Anton sortant d’une rame de métro dans laquelle il écoutait sa voisine. Il traverse des couloirs bondés et arrive sur un nouveau quai. Ici, il discerne après quelques instants une voix qui rumine. Anton retire son casque pour mieux se concentrer. Il revient sur ses pas en direction de la voix. À hauteur du malheureux, il tend une main sur son épaule. Visiblement touché, il prend la personne dans ses bras qui se laisse consoler.
C’est une mise en scène qui va droit au but. L’extraordinaire nous attend seulement au bout de l’ordinaire. J’ai à cœur que ça reste le plus simple possible. Ce qui m’intéresse dans ce film, c’est l’évolution d’un personnage qui n’a pas les traits d’un héros à première vue, mais qui se révèle ainsi à la fin.
Pour le son, l’enjeu majeur de ce film est de créer un univers sonore riche et tridimensionnel. Pour les voix intérieures des passants, il faut considérer plusieurs choses : la direction du jeu, l’agencement ou montage, la spatialisation et la texture.
Au fil du film, on créé une progression sensible de l’environnement sonore. C’est le vecteur pour “voir” comment Anton compose avec ce don, tantôt dans la curiosité, puis le rejet absolu et enfin dans l’empathie.
Pour l’image, il faut quelque chose en contrepoint : la sobriété d’un plan séquence à l’épaule, à l’esthétique brute de la pellicule. Un seul sujet, le visage d’Anton. Filmé de prêt tout du long, de face, de dos et de profil, c’est dans un jeu en finesse que se matérialisera la performance de l’acteur.
Une bonne référence visuelle est une séquence du film de Darren Aronofsky The Wrestler, incarné par Mickey Rourke.
Dans un souci de développer au mieux le personnage sur un temps court, le plan séquence n’est peut-être pas la meilleure approche. Il faut penser le montage autrement afin de connaître l’approche visuelle. Finalement, je pense qu’il faut illustrer cette frénésie d’un monde bruyant et s’émanciper de la linéarité temporelle pour miser sur la montée en tension.
En faisant des allers retours entre plusieurs moments de collision avec la pensée des autres, on brouille la temporalité et enfonce Anton dans un labyrinthe mental duquel il peine à s’extirper.
Au fur et à mesure que la tension monte, les “faut que ça s’arrête” répétés du malheureux sont d’abord reçus par le spectateur comme une plainte d’Anton lui-même. Une voix à part, comme si on entendait enfin sa propre voix intérieure. Mais cette voix inconnue se veut insistante et bientôt Anton y prête attention, retire son casque audio et va aux devants.
Dans l’idée, je pense quand même rester close up. Tout ce qui se passe est dans la tête d’Anton. Pour donner de la matière au montage frénétique, il faudra beaucoup plus tourner, improviser, essayer, se tromper même. Les erreurs que l’on fera seront aussi utiles au montage que les plans bien composés. Jouer avec la cadence des images (ralenti/accéléré) me semble également utile pour amener de la variation.
La musique du film : Periodo Particular – Entre dos crestas
